Baromètre Peppol T1 2026 : le retour terrain des fiduciaires
Ce que les fiduciaires observent vraiment après un premier trimestre Peppol.
Le premier trimestre 2026 a marqué une étape importante pour de nombreuses fiduciaires belges avec l’accélération de l’adoption de Peppol et de la facturation électronique.
Entre automatisation des flux, nouvelles habitudes de travail et accompagnement des clients, ce début d’année a aussi soulevé beaucoup de questions :
Peppol fait-il réellement gagner du temps ?
Les clients sont-ils prêts ?
Les cabinets travaillent-ils différemment ?
Pour mieux comprendre les impacts concrets sur le terrain, WinAuditor a interrogé plusieurs fiduciaires utilisant quotidiennement la plateforme et les flux Peppol.
Le constat qui ressort de ces échanges est nuancé, mais clair : la digitalisation ne change pas uniquement la manière de recevoir des factures. Elle transforme progressivement l’organisation même des cabinets comptables.
Comptabilité plus continue, diminution des documents manquants, nouvelles méthodes de travail, mais aussi besoin important d’accompagnement humain : après un trimestre, les premières tendances se dessinent déjà très nettement.
Le vrai changement : le passage à une comptabilité plus continue
S’il y a un enseignement qui revient presque systématiquement dans les retours des fiduciaires interrogées, c’est celui-ci : Peppol change progressivement le rythme de travail des cabinets comptables.
Le principal changement observé ne concerne pas uniquement l’automatisation ou l’e-facturation en elle-même. Ce qui évolue surtout, c’est la manière dont les dossiers sont traités au quotidien.
Grâce à une réception plus régulière des documents, plusieurs cabinets expliquent pouvoir travailler de façon beaucoup plus continue et anticipative, plutôt que de concentrer une grande partie du travail en période TVA, historiquement synonymes de rush, de documents manquants et de traitement de dernière minute.
On avait fini toutes nos TVA du premier trimestre 2026 vers le 15/04.
— WarexcoLe conseiller peut rentrer plus régulièrement dans le dossier et voir directement où en est le client.
— PardoenNous ne devons plus attendre le bon vouloir du client.
— Fiduciaire BrainagementLes factures habituellement manquantes étaient présentes.
— EkwalOn gagne du temps sur la réception des documents et on peut les encoder au fur et à mesure.
— Proxicompta
Le pré-encodage et l’exploitation des fichiers UBL sont également cités comme des leviers importants d’efficacité, notamment dans les dossiers à gros volumes.
Quand la comptabilisation est opérationnelle, on peut aller vers un gain de temps de 50% à 75%.
— Smeyers & partners
Même si la transition reste encore en cours pour beaucoup de fiduciaires, une tendance semble donc déjà se confirmer : Peppol pousse progressivement les cabinets vers une organisation moins dépendante des périodes de clôture et davantage orientée vers un suivi plus régulier des dossiers.
Le plus gros défi : l’humain
Si les retours des fiduciaires montrent déjà des gains concrets en matière d’organisation et de fluidité, ils mettent également en évidence un autre constat très clair : le principal défi de cette transition n’est pas technique.
Le plus dur est l’éducation des clients.
— Ekwal
La majorité des cabinets interrogés expliquent avoir consacré énormément de temps à accompagner leurs clients durant ce premier trimestre : explications, assistance au démarrage, vérification des factures, compréhension des codes TVA ou encore gestion des erreurs.
Pour beaucoup de fiduciaires, cette phase d’adaptation a représenté une charge de travail importante.
Nous avons eu le sentiment de devoir jouer également un rôle de support informatique.
— Advice Me
Les retours montrent également que les difficultés rencontrées dépendent fortement du profil des clients.
Les utilisateurs déjà habitués aux outils digitaux se sont généralement adaptés rapidement, tandis que d’autres ont eu besoin d’un accompagnement beaucoup plus poussé.
Pour certains, la prise en main a été rapide. Pour d’autres, cela a été beaucoup plus compliqué.
— ProxicomptaCertains sont ravis et ne changeraient pour rien au monde. Pour d’autres, c’est la fin du monde…
— Smeyers & partners
La création des factures de vente et la compréhension des codes TVA reviennent d’ailleurs très souvent comme points sensibles.
Plusieurs cabinets expliquent que certains clients utilisent mal les comptes comptables ou les grilles TVA, obligeant les équipes à effectuer davantage de contrôles et de corrections.
Malgré ces difficultés, les fiduciaires interrogées soulignent aussi qu’une fois les premières habitudes prises, la situation devient progressivement plus simple à gérer.
Plusieurs équipes parlent aujourd’hui davantage d’une phase de transition que d’un véritable rejet du changement.
Après une petite période d’adaptation relativement facile, le programme montre déjà qu’il est capable de tenir ses promesses.
— Pardoen
Cette phase met donc surtout en évidence une réalité importante : la réussite de la transition vers Peppol dépend autant de l’accompagnement humain et pédagogique que de la technologie elle-même.
Les cabinets les mieux préparés ont vécu une transition plus fluide
Même si cette phase de transition a parfois été intense, un constat revient clairement dans les différents témoignages : les fiduciaires qui avaient anticipé l’arrivée de Peppol semblent avoir vécu un démarrage beaucoup plus serein.
La transition s’est très bien passée, on était prêts (et impatients) depuis longtemps.
— Warexco
Plusieurs cabinets expliquent en effet avoir commencé à préparer leurs équipes et leurs clients bien avant ce premier trimestre 2026, entre paramétrage des dossiers, tests internes, formations ou encore nouvelles méthodes de travail.
L’accompagnement des clients en amont apparaît également comme un facteur clé dans la fluidité de l’adaptation.
Nous avons formé les clients via des réunions individuelles ou des soirées d’informations.
— EkwalUn accompagnement à distance pour les premières factures a souvent suffi.
— Fiduciaire Brainagement
Et certaines équipes ont également commencé à adapter leurs méthodes de travail afin de tirer pleinement parti des nouveaux flux Peppol.
Nous allons renforcer les contrôles et structurer davantage nos processus.
— BLS Fiduciaire
Les points de friction qui reviennent le plus souvent
Si les retours des fiduciaires sont globalement positifs, ce premier trimestre a également permis d’identifier plusieurs points d’attention liés à cette phase de transition vers une comptabilité plus digitalisée.
L’un des constats qui revient régulièrement concerne notamment la coexistence de plusieurs méthodes de transmission des documents. Certains cabinets expliquent ainsi avoir encore reçu des factures à la fois via Peppol et par e-mail, nécessitant davantage de vérifications durant les premiers mois d’utilisation.
Ces mêmes cabinets expliquent toutefois que ces situations tendent progressivement à diminuer à mesure que les clients adoptent de nouvelles habitudes de travail et centralisent davantage leurs flux.
Plusieurs fiduciaires rappellent également que les clients ne sont pas comptables et peuvent rapidement commettre des erreurs lorsqu’ils créent eux-mêmes leurs factures de vente.
Mais bonne nouvelle, malgré ces remarques, les fiduciaires interrogées insistent souvent sur un point important : la majorité de ces difficultés apparaissent davantage comme des ajustements de transition que comme des blocages structurels.
Cette phase d’ajustement reflète finalement une réalité assez logique : la transition vers une comptabilité plus digitalisée ne repose pas uniquement sur les obligations réglementaires, mais aussi sur l’évolution progressive des outils, des habitudes et des méthodes de travail.
Bref…
Après ce premier trimestre 2026, une chose semble déjà claire : Peppol ne se limite pas à une nouvelle manière d’envoyer ou de recevoir des factures.
Pour les fiduciaires interrogées, cette transition marque surtout le début d’une évolution plus profonde dans la manière d’organiser le travail comptable : dossiers plus régulièrement mis à jour, suivi plus continu, meilleure anticipation et collaboration plus étroite avec les clients.
Les retours terrain montrent également que cette transformation demande encore du temps, de l’accompagnement et plusieurs ajustements, tant du côté des cabinets que des clients.
Mais malgré les difficultés rencontrées durant cette phase de transition, une tendance semble déjà se confirmer : la majorité des fiduciaires interrogées considèrent aujourd’hui cette évolution comme inévitable.
VIVE LA REVOLUTION.
— TFRS Accountancy